Une musique qui fait pleurer, rire ou tomber dans le sommeil : dans certains récits irlandais, la harpe possède un pouvoir extraordinaire. Elle agit sur ceux qui l’écoutent et devient un élément décisif de l’histoire.
Les traditions dites celtiques sont diverses. Pour découvrir cette place de la harpe sans les confondre, commençons par un récit de la mythologie irlandaise : celui du Dagda.
Le Dagda et les trois musiques
Dans le Cath Maige Tuired, ou La Seconde Bataille de Mag Tuired, le Dagda retrouve sa harpe chez ses adversaires. Lorsqu’il l’appelle, elle se détache du mur et vient jusqu’à lui.
Il joue alors trois sortes de musique. La première provoque les larmes, la deuxième le rire et la troisième le sommeil. Cette dernière lui permet de repartir avec ses compagnons sans être inquiété. Le récit associe ainsi la maîtrise du musicien à sa capacité de transformer les émotions de ceux qui l’entendent. Source : texte traduit dans le corpus CELT de l’University College Cork
Une image du pouvoir de la musique
On peut lire cet épisode comme une représentation poétique de ce que la musique nous fait éprouver. Une mélodie nous touche parfois avant même que nous sachions expliquer pourquoi. Elle peut réveiller un souvenir, alléger une atmosphère ou nous inviter au calme.
Dans le récit, cette expérience devient merveilleuse : le musicien conduit les émotions de toute une assemblée. La harpe participe pleinement à l’action, au même titre que les personnages.
Distinguer les légendes de l’histoire des instruments
Ces récits nourrissent l’imaginaire, mais ils ne permettent pas de reconstituer à eux seuls les instruments anciens ni leur sonorité.
L’histoire de la harpe comporte d’ailleurs des associations célèbres qui demandent à être nuancées. La harpe conservée à Trinity College Dublin est souvent appelée « harpe de Brian Boru ». Pourtant, la bibliothèque précise qu’elle a été associée à tort à ce roi, mort en 1014, et qu’elle daterait probablement du XVe siècle. Source : Trinity College Dublin
Prolonger la découverte par l’écoute
Les légendes donnent envie d’écouter autrement : de prêter attention à une résonance, au silence qui suit une note ou à l’émotion d’une mélodie.
Le travail de Yukino Ogura autour de la harpe historique et de la Cláirseach offre une porte d’entrée vers cet univers sonore. Pour prolonger cette découverte, vous pouvez écouter sa musique et découvrir son approche de la harpe ancienne.